5/17/2010

La colonisation agricole, nouvel apanage des pays riches

Malgré son immensité, la Chine ne cesse de voir ses surfaces cultivables diminuer. Du coup, elle achète à tout-va des terres à l’étranger et possèderait 2,1 millions d’hectares en Amérique du Sud, en Afrique, en Asie du Sud-Est et en Australie. C’est l’illustration d’un phénomène en pleine expansion : des Etats ou des fonds d’investissement privés qui s’emparent de milliers d’hectares de terres exploitables hors de leurs frontières.

Les terres cultivables disponibles sont principalement situées dans les pays en développement.

Un phénomène de grande ampleur

Selon les Nations unies, 30 millions d’hectares de terres auraient été achetés ou loués par des capitaux étrangers sur les trois dernières années. Soit la surface agricole de la France. Cette ruée vers l’or vert n’est pas prête de s’arrêter. D’après la FAO, sur 2,7 milliards d’hectares de terres cultivables dans le monde, seuls 1,5 milliard sont effectivement utilisés.

Or 80 % de ces terres disponibles sont situées en Afrique ou en Asie, dans des pays en développement. Pour ces derniers, l’afflux investissement représente une véritable opportunité pour développer leur agriculture et bénéficier de transferts techniques. Pour les pays riches disposant de peu de terrain, il s’agit de sécuriser leur approvisionnement alimentaire dans un contexte d’envolée des prix des produits alimentaires.

L’Afrique : des immenses terrains sous-exploités

Le continent noir est la cible privilégiée des investisseurs. Selon une étude de la FAO portant sur six pays (Ethiopie, Madagascar, Mali, Mozambique et Soudan), les étrangers auraient acheté ou loué pour 99 ans plus de 2,5 millions d’hectares. Montant total des transaction : près d’un milliard de dollars.

Au seul Soudan, six nationalités différentes sont présentes. La Corée du Sud y possède déjà 690 000 hectares et les Emirats arabes unis 400 000 hectares, cultivés avec du maïs, du blé, des pommes de terre et des légumineuses.

Il faut dire que les conditions sont alléchantes : réglementations inexistantes, gouvernements parfois peu regardants et un coût très faible. En Ethiopie, un hectare se loue ainsi 1,50 euro par an. La firme indienne Karuturi cultive ainsi dans le pays plus de 300 000 hectares de maïs, riz, huile de palme, canne à sucre et légumes. Et le gouvernement éthiopien compte bien tirer parti au maximum de ses terres inexploitées : il prévoit de louer 3 millions d’hectares à des capitaux nationaux ou étrangers.

L’Asie centrale : des friches à la merci des investisseurs

L’Asie centrale, et particulièrement les anciens pays de l’Union soviétique, recèle d’immenses étendues disponibles. Or, “l’envolée des prix agricoles a incité les investisseurs à s’intéresser à l’agriculture alors qu’avant ils investissaient plutôt dans le pétrole, le métal ou le gaz”, expliquait en septembre l’analyste Dmitri Katalevski, du cabinet de conseil Deloitte.

Deux fonds d’investissement suédois, Black Earth Farming et Alpcot Agro, contrôlent ainsi respectivement 323 000 et 161 000 hectares de terres en Russie et en Ukraine (Europe de l’Est). En mai 2008, le gouvernement libyen a conclu avec l’Ukraine un contrat qui prévoit la mise à disposition de 247 000 hectares de terres agricoles contre la fourniture de pétrole et de gaz.

A l’autre bout du continent, la Chine se serait déjà accaparé sans bourse délier de larges portions de terres du côté russe, selon des sources russes non officielles citées par la presse.

Encore non touchée, la Mongolie pourrait être la prochaine cible. Les Sud-Coréens chercheraient à y louer 270 000 hectares pour cultiver du blé ou du maïs.

L’Asie du Sud-est appréciée pour ses terres fertiles


L’Asie du Sud-est est particulièrement recherchée pour la riziculture et la pousse du bois. Les pays voisins, notamment l’Inde et la Chine, y possèderaient selon les ONG respectivement 358 000 et 300 000 hectares, des chiffres largement sous-estimés selon plusieurs analystes.

Au Laos, l’opérateur chinois de télécommunications ZTE a obtenu la concession de 100 000 hectares pour la production de manioc (destiné à l’éthanol) en partenariat avec une entreprise nationale.

Les pays du Golfe s’intéressent également de très près à ce continent. En Indonésie, le groupe saoudien Ben Laden s’apprête à exploiter 500 000 hectares dans le sud de la Papouasie et 80 000 autres dans le sud-ouest. Au total, le groupe prévoit s’investir 2,8 milliards d’euros dans le pays, notamment en y construisant des infrastructures qui font cruellement défaut.

Enfin, en mai 2008, le ministre du commerce du Bahrein s’est rendu en visite prospective aux Philippines et au Laos pour obtenir l’accès à “des grandes surfaces de terres” et y cultiver du riz basmati, selon l’ONG Grain.

L’Amérique du Sud, de vastes étendues à conquérir


Les chiffres d’achats ou de location de terres agricoles disponibles pour le continent sud-américain sont a priori largement au-dessous de la réalité. Rien qu’au Brésil, de nombreux propriétaires ne déclarent pas leur nationalité dans les registres. Or, selon les statistiques de l’institut national de la colonisation et de la réforme agraire (Incra), 4 millions d’hectares de terres agricoles brésiliennes sont officiellement détenus par des étrangers. En Argentine, 10% des terres arables seraient entre les mains de capitaux étrangers, selon l’ONG Grain.

Il faut dire que la réglementation est très floue. Pour l’instant, il suffit de créer une entreprise brésilienne pour acheter des immenses étendues de terre. “On trouve même des terres publiques en vente sur des sites Internet étrangers”, s’alarme Rolf Hackbart, le président de l’Incra, dans le journal Istoé. Un projet de limitation des ventes de terres aux entreprises dont les capitaux sont d’origine étrangère est d’ailleurs en cours d’examen par le Congrès. Le pays n’est pourtant pas exemplaire, puisque des cultivateurs de soja brésiliens accapareraient en toute illégalité des millions d’hectares au Paraguay.

Madagascar, symbole d’une ”néocolonisation”
En 2008, Madagacar est devenu un symbole de la résistance contre “l’accaparement” des terres agricoles.

A l’époque, la compagnie sud-coréenne Daewoo avait négocié avec le gouvernement malgache la location de 1,3 million d’hectares. Une surface colossale, équivalente à la moitié de la Belgique. Le bail, d’une durée de 99 ans, devait permettre d’assurer une production annuelle de 5,5 millions de tonnes de maïs à la Corée du Sud.

La révélation de ce projet a suscité une vague de colère dans tout le pays, provoquant même la chute du gouvernement Ravalomanana. Le nouveau président malgache, Andry Rajoelina, a vivement dénoncé la politique de son prédécesseur.

Mais cet épisode n’a pas découragé les autres investisseurs. En janvier, le groupe indien Varun Industries a entamé les démarches pour louer sur une durée de 50 ans 232 000 hectares dans la région de Sofia, au Nord de l’île. Et si ses plans sont pour l’instant en suspens, un porte-parole de la firme a déclaré fin septembre 2009 au Times of India que les pourparlers étaient toujours en cours et s’affichait “optimiste”.

Or les trois quarts de ces terres sont déjà utilisées. Les paysans seraient donc contraints de la céder, ce qui ne manquerait pas de provoquer de nouvelles protestations.

L’Arabie Saoudite veut sécuriser ses approvisionnements alimentaires
L’Arabie Saoudite n’en fait pas mystère : elle a établi depuis plusieurs années un vaste programme de production alimentaire à l’étranger. Le pays, qui doit importer un million de tonnes de riz par an, a créé en 2009 un fonds d’investissement nommé FORAS International, avec des capitaux du gouvernement, de la Banque Islamique de Développement et d’hommes d’affaires saoudiens. A terme, le fonds prévoit de planter 700 000 hectares de rizières pour produire 7 millions de tonnes de riz.

Le fonds s’est d’abord penché vers le gouvernement mauritanien pour acquérir 100 000 hectares de terres. Finalement seuls 15 000 hectares seraient disponibles. Mais d’autres grosses acquisitions sont en cours. 700 000 hectares en tout de terres agricoles au Sénégal et au Mali seront ainsi prochainement achetés. Un paradoxe, alors que le Sénégal est le deuxième plus grand importateur de riz de l’Afrique après le Nigéria.

Le Cheik “bienfaiteur” de l’Ethiopie
Mais la manne est bien trop importante pour que les états pauvres d’Afrique la laisse passer. Le Cheik Mohammed Hussein Ali Al Amoudi, l’une des plus grosses fortunes d’Arabie Saoudite, est ainsi le premier investisseur en Ethiopie. Déjà très impliqué dans l’agriculture, il envisagerait d’exploiter 500 000 hectares de terres supplémentaires dans le pays.

La France, investisseur ou cible ?
Avec ses 4 000 hectares achetés en Argentine, le chanteur Florent Pagny n’est pas le seul Français à se tourner vers des terres agricoles étrangères.

Dernier en date, l’ex-PDG de Powéo Charles Beigbeder est devenu un des plus importants agriculteurs d’Ukraine. Son entreprise, AgroGénération, exploite 22 000 hectares de céréales dans le pays et a déjà signé pour louer 80 000 hectares supplémentaires. “Une dizaine de groupes d’agriculteurs français sont déjà présents dans ce pays”, confirme Hélène Morin, consultante pour le cabinet spécialiste des matières premières Agritel. Plus discret, le groupe industriel français Louis Dreyfus possèderait 60 000 hectares de soja, coton et maïs au Brésil via sa filiale Calyx Agro.

L’agriculture, nouveau terrain de jeu du privé
Les Etats et fonds souverains ne sont pas les seuls à vouloir racheter des terres agricoles. Les hedge funds et des banques se sont récemment lancés dans ce Monopoly mondial. Les marchés dérivés des matières premières agricoles sont jugés trop incertains, ce qui les incite à se tourner vers le foncier.

“Moissonner de l’argent”
Le fonds d’investissement américain Black Rock a ainsi créé un fonds spéculatif de 200 millions de dollars, dont 30 millions dédiés à des acquisitions de terre. “L’astuce est de ne pas se contenter de moissonner des récoltes mais de moissonner de l’argent”, sourit ainsi Mikhail Orlov, le fondateur de Black Earth Farming, dans le Financial Times. Ce fonds d’investissement est déjà l’un des principaux cultivateurs de Russie, avec 331 000 hectares en sa possession.

Retour sur investissament garanti
Le fonds Global Farming Limited, créé par Dexion Capital, promet un retour sur investissement de 12 à 16%. Il prévoit d’acquérir 1,23 million d’hectares de terres pour la culture et l’élevage. Même des grandes banques généralistes investissent dans ce secteur, comme Barclays, Deutsche Bank, UBS ou Morgan Stanley. Au total, l’ONG Grain a dénombré 120 fonds spécialisés possédant des terres agricoles.

L’impossible régulation
Les organisations mondiales et les ONG commencent à s’alarmer de l’ampleur du rachat des terres agricoles. Le problème, selon elles, c’est que ce sont les gouvernements des pays hôtes qui négocient directement les accords avec les investisseurs, sans consulter les populations concernées.

Or, en Afrique, “80 % des populations sont dépourvues de titres pour des terres qu’elles cultivent parfois depuis des siècles”, explique Paul Mathieu, expert à la FAO, au site Pleinchamp.com. Au Kazakhstan aussi, les terres appartiennent encore majoritairement à l’Etat et sont louées par les paysans. Il est donc facile de les déloger.

“Pour que ces investissements soient une opportunité pour les populations, il faut qu’ils permettent un réel développement rural [...] et une diversification des sources de revenus pour les paysans”, analyse Paul Mathieu.

La FAO prépare actuellement des directives pour “une gouvernance responsable” des modes de faire-valoir des terres, en collaboration avec ONU-Habitat et la Banque mondiale. “D’autres formes d’investissement comme l’agriculture contractuelle et les mécanismes de sous-traitance, peuvent offrir la même sécurité d’approvisionnement aux pays investisseurs”, note la FAO. Dont les directives n’ont aucun pouvoir contraignant…

L’épuisement de la terre l’enjeu du XXIe siècle, Daniel Nahon


Le principal outil des agriculteurs, la terre, disparaît à une vitesse effarante autour du globe. Partout, le sol se dérobe sous les pieds de l’homme qui crée deux fois plus d’érosion que l’eau et le vent. Les rendements céréaliers plafonnent, y compris au Québec. Symbole de fertilité des sols, le lombric est le porte-étendard d’une « révolution doublement verte ». Une révolution qui veut augmenter les rendements pour nourrir une population de 9 milliards d’habitants d’ici 2050 tout en incluant le vert de l’écologie. « Agriculture écologiquement intensive », « écoagriculture », peu importe le nom, le concept se situe entre les agricultures intensive et biologique et vise à mieux faire travailler la nature pour le compte de tous. Il intéresse tant les pays riches que pauvres parce qu’il diminue le coût des intrants (engrais, diesel, pesticides) tout en redonnant une santé à une planète intoxiquée.

Le Coopérateur agricole s’entretient avec le chercheur émérite français de réputation internationale, Michel Griffon, auteur d’un nouveau livre Pour des agricultures écologiquement intensives (www.aube.lu.)Depuis cinq ans, en France, la recherche agricole est réorientée à raison de 14 millions $ par année vers ce concept, mariage entre l’agriculture intensive et biologique, qui risque de s’étendre comme une traînée de poudre chez les agriculteurs à l’échelle de la planète.

■ Le Coopérateur agricole : Rappelez-nous comment notre agriculture actuelle s’inscrit dans la Révolution verte?

■ Michel Griffon : Ce qu’on appelle Révolution verte c’est la traduction en Inde, aux Philippines et autres pays tropicaux dans les années 60 de la grande transformation en agriculture américaine et européenne débutée en 1920 et 1930. C’est-à-dire une agriculture fondée sur les semences sélectionnées, l’utilisation d’engrais, la préparation du sol avec un labour profond et puis progressivement l’utilisation de produits de traitements phytosanitaires, pesticides, herbicides.
■Quels buts visaient cette révolution verte?
■Éliminer les famines dans le monde. À cet ensemble de techniques de production se sont ajoutées des politiques d’appui au développement agricole inspirées du plan Marshall. C’est à dire des crédits de subventions aux engrais et des politiques de prix des denrées qui ont boosté l’agriculture.
■Cette Révolution verte aurait-elle atteint ses limites?
■Cette agriculture intensive a permis de sortir des famines. Les résultats étaient fabuleux, les rendements avaient doublé en dix ans. Mais à partir de 1990-92-93, on a commencé à voir des plafonnements de rendements dans presque tous les pays du monde, incluant l’Europe qui a aussi besoin de rendements élevés pour nourrir sa population. Les États-Unis un peu moins parce que, proportionnellement, ils ont plus de surface de culture.
■Cette baisse de rendements à l’échelle mondiale a-t-elle inquiété?
■Oui. Pour The Conservative Group for Agricultural Research (CGAR), qui est l’organisation internationale de la recherche pour la révolution verte, ç’a été un coup de tonnerre. On s’est dit à l’époque que si la population mondiale continue à monter et que les rendements plafonnent, tôt ou tard il y aura des pénuries et on va se retrouver dans une situation qui était celle des années 60. La crise alimentaire mondiale de 2008 vient nous rappeler que la menace existe toujours.
■Qu’avez-vous fait alors?
■On a inventé le concept Double Green Revolution. Double pour accroître les rendements comme lors de la première révolution verte, mais aussi pour introduire le vert de l’écologie. Pourquoi? Parce que dans toutes les régions où il y a eu la révolution verte, il y a eu des problèmes environnementaux.
■Lesquels?
■Baisse considérable des nappes phréatiques là où on a trop irrigué. Pollution au phosphate et au nitrate par surdoses d’engrais des sols. Dans les pays en développement où l’on utilise sans grande précaution des produits phytosanitaires, on constate des maladies de peaux, des yeux, voire de la cécité. On s’est rendu compte aussi que faire du labour détruisait la vie du sol et que ça émettait beaucoup de GES. Et qu’une grande partie des engrais azotés partaient dans l’atmosphère et produisaient aussi des GES.
■Une perte de biodiversité également?
■Oui. On est passé à des paysages ultra simplifiés. D’immenses champs de blé, de maïs, de monocultures, monovariétales, comme le riz en Inde. On a même perdu une partie des plantes améliorées pendant des centaines de milliers d’années par les sociétés qui nous ont précédés.
■Vous référez souvent à l’Inde, mais est-ce que c’est le même constat en France et aux États-Unis et au Canada?
■Les États-Unis, c’est un peu moins parce qu’on ne met pas les mêmes doses. Mais c’est le même cas en France, dans toute l’Europe du Nord et dans toutes les agricultures intensives en engrais et en produits sanitaires.
■Comment ce concept Double Green Revolution a-t-il été adopté en France?
■Suite à ce que l’on appelle le Grenelle de l’environnement. C’est une très grande négociation qui a eu lieu en 2007 après des phases de grands conflits opposant les agriculteurs aux partis écologistes. On a proposé les thèses de Gordon Conway, un Anglais qui présidait le CGAR.
■Quels genres de thèses?
■Conway a essayé de comprendre comment mieux utiliser les écosystèmes à des fins productives pour faire face à la vague démographique et augmenter les rendements sur des terres cultivables limitées. Il faut trouver des technologies qui ne coûtent pas cher et qui soient « Environementaly Friendly » pour les agriculteurs du monde. On a cherché un mot qui convenait un peu mieux à la situation française. Alors, on a l’a baptisé l’agriculture écologiquement intensive (AEI).
■L’AEI est donc un nouveau contrat social entre la France et ses agriculteurs?
■Oui.
■Et vous la définissez comment, cette AEI?
■C’est une agriculture qui utilise intensivement les écosystèmes.
■Se servir des écosystèmes pour mieux produire?
■Le principe, c’est que vous avez dans la nature beaucoup d’insectes qui tuent d’autres insectes, des oiseaux qui mangent des insectes, ce que l’on appelle des chaînes alimentaires. La connaissance d’un écosystème c’est, par exemple, mettre des arbres dans les champs qui constituent des habitats pour certaines espèces d’oiseaux. Et ces espèces d’oiseaux se nourrissent particulièrement d’insectes et qui contrôlent les populations d’insectes ravageurs.
■D’autres exemples?
■La fertilité du sol est devenue purement chimique, c’est-à-dire que le sol est un substrat à l’engrais. En fait, un sol, c’est un écosystème extrêmement complexe. Il y a tout un cortège d’arthropodes, d’insectes, de nématodes et surtout des milliards de bactéries qui décomposent les plantes pour en faire de la matière organique. Cet humus se décompose à son tour et fournit d’éléments nutritifs les racines des plantes. La question que l’on s’est posée, c’est : est-ce que l’on peut amplifier ces mécanismes naturels?
■Et alors?
■Lorsqu’on arrive à recharger de la matière organique dans le sol, l’eau s’accumule dans les horizons un peu argileux et forme des complexes qui retiennent les ions minéraux et les engrais. Au bout d’un certain temps, dans certains climats, on arrive dans des performances égales ou supérieures à l’agriculture chimiquement intensive.
■Le semis direct s’intègre-t-il dans l’AEI?
■Oui cela fait partie de la famille AEI. Le semis direct a commencé à intéresser du monde parce que ce système suppose une fertilité écologiquement intensive, c’est-à-dire mieux faire travailler entre autres les vers de terre. Cette pratique tombe au moment où il y a eu les hausses des engrais et les hausses du pétrole en 2007-2008. Et le labour coûte très cher en énergie et en pétrole.
■Quelle différence faites-vous entre l’agriculture biologique et l’AEI?
■L’agriculture biologique se distingue de l’AEI au sens où on accepte encore de mettre de l’engrais, mais en complément. De même que l’on accepte de mettre des produits phytosanitaires, mais uniquement pour sauver des récoltes dans des situations très difficiles. Donc, l’agriculture biologique fonctionne un peu comme une direction générale de la recherche.
■Ça se traduit comment?
■L’agriculture biologique est extrêmement exigeante. C’est une bonne direction, mais il ne faut pas non plus se mettre des contraintes trop fortes sauf, par exemple, quand on produit de la salade ou des légumes que l’on mange crus. Par respect pour le consommateur, il faut prendre le maximum de précautions. Mais en AEI, s’il y a une rouille du blé intraitable biologiquement, on fait un traitement phytosanitaire dit raisonnable. On a diminué de moitié l’utilisation des produits phytosanitaires.
■Ce nouveau contrat social, 20 % des surfaces agricoles en bio en 2020, 50 % de fréquence de traitements phytosanitaires d’ici la même année, inquiète-t-il les agriculteurs?
■Il y a des molécules phytosanitaires qui ont été interdites purement et simplement.
■Ah oui?
■Les directives européennes suivent de toute façon. Ça inquiète beaucoup les agriculteurs parce que parfois on va se trouver en situation de manque de molécules pour faire face à des maladies. Il faut penser à l’AEI dans une transition lente. Déjà les gens qui abandonnent le labour ne le font pas sur toute la surface de l’exploitation. Ils ne prennent pas de risques.
■D’autres inquiétudes?
■Les changements climatiques. Il suffit d’une sécheresse pour que les rendements baissent fortement. On fait tout un travail d’analyse des risques.
■Et les OGM dans votre stratégie?
■Notre principe c’est qu’il faut utiliser des OGM qu’en dernier recours lorsqu’il n’y a pas d’autres solutions, ne serait-ce parce qu’il y a une immense opposition de la société en général à la manipulation du vivant. Mais on considère qu’à long terme il ne faut pas se priver d’utiliser des fonctionnalités pour les transférer d’une plante à une autre. Si par exemple, on peut lutter contre la salinité en transférant des gènes de cocotier à une autre plante.
■Les pays subventionnent l’énergie fossile à raison de 300 milliards $US par année1. Croyez-vous que l’abolition de ces subventions favoriserait l’adoption de l’AEI?
■Les agriculteurs français ont une détaxation partielle des carburants. J’y suis totalement opposé. Je pense qu’il faut au contraire que le carburant coûte cher pour évoluer le plus rapidement possible. Par ailleurs, les agriculteurs pourraient shifter vers la production de leur propre carburant, du biodiesel fabriqué à partir de colza ou autres oléagineux.
■Ce débat a lieu en France?
■Oui. C’est un débat qui n’a pas encore débouché sur des mesures de politique.
■Selon certains experts, les sols constituent un formidable piège à carbone. Est-ce que les bourses européennes prévoient récompenser les agriculteurs qui augmentent la matière organique de leur sol?
■Cette question est débattue. Les sols sont des puits de carbone à la condition que les techniques culturales conduisent bien à accumuler le carbone. Mais ce n’est pas encore reconnu par le marché européen et les droits d’émissions. On fait des travaux de recherche en ce sens.
1 BARBIER, Edward. B. Global Green New Deal, mars 2009, UNEP

A Desert Kingdom's Quest for Food Security


Rich in oil money but poor in arable land, the Saudi government is groping for a strategy to ensure it continues to meet the appetites of a growing population .

During the recent boom years it became common to talk about how many of the huge building projects in Dubai – like the Palm Island – had joined the Great Wall of China as among the few man-made structures that could be seen from space.

But satellite pictures of the Arabian peninsula have for years shown green dots in the Saudi deserts on the edges of the Najd Central Plateau. These are the country's circular farms – the average areas of which are around 54 times that of a soccer field. Testament to the ingenuity it requires to grow food in a desert nation, they are created by a combination of huge government subsidies, the latest farming techniques and water pumped from underground caverns to rotating sprinklers.

.Only about 2% of the country's enormous landmass is arable. Saudi Arabia is spending an ever-greater proportion of its petrodollars overseas – a strategy that some critics label "agricultural imperialism" – to secure a supply of food that will help alleviate shortages at home.

Saudi's population is growing at a rate of more than 2% each year and is expected to rise to 29 million by 2015 and almost 32 million by 2020, according to Riyadh-based Banque Saudi Fransi. The sheer pace of population growth makes Saudi's food supply problems all the more acute.

Pradeep Unni, a senior research analyst with Richcomm Global Services in Dubai, says: "Meeting the demands of the growing population's food needs is a tough challenge for Saudi Arabia." He argues that the kingdom's decision to use oil revenues to secure agricultural land contracts in different countries is the correct one. He adds: "The cost of producing food grains under the Saudi Arabian climatic conditions makes this choice an economically viable one."

The kingdom already imports the bulk of its food. But the decision to buy or rent land in countries such as Pakistan, Sudan and Ethiopia is a relatively new development. It is a trend that analysts say is unlikely to reverse anytime soon. However, some have warned that investing heavily in poor and politically unstable countries may open Saudi Arabia to a new set of risks.

So far, the Saudi government has mostly done deals with near neighbors that already have close links to the Gulf Cooperation Council area. Jarmo Kotilaine, the chief economist at NCB Capital in Riyadh, says the underdeveloped agricultural sectors of countries such as Sudan and Pakistan means that there is room for yield improvement, while their geographic proximity helps keep transportation costs low.

Saudi Arabia's dietary staples – rice and wheat – make up a significant portion of overall food imports. In recent years the kingdom has struggled to contain soaring rice and wheat prices as demand consistently outstrips supply.

Saudi doesn't grow its own rice and mainly imports the notoriously thirsty crop from India, Thailand, Pakistan and the U.S. Last year alone it bought more than one million tons of rice, according to the U.S. Department of Agriculture's Foreign Agricultural Service. Last November, in an attempt to trim the kingdom's grocery bill, the government removed a two-year-old subsidy on rice imports, which were adding up to about SAR1.5 billion ($400 million) a year.

In January 2008, Saudi Arabia decided to reduce its production of wheat by 12.5% a year, abandoning a 30-year-old program to grow its own, having achieved self-sufficiency but at the cost of depleting the desert kingdom's scarce water supplies. Saudi consumes around 3 million tons of wheat a year.

It is such difficulties in balancing the supply and demand of food that have led to a number of recent high profile acquisitions of foreign farmland. These include an agreement signed by the BinLaden Group, a privately owned family conglomerate, in August 2008 to invest at least $4.3 billion, on behalf of Saudi investors, to develop 500,000 hectares of rice farmland in Indonesia.

In February last year, Hail Agricultural Development Company, or Hadco, which is owned by Saudi dairy firm Almarai, said it plans to invest about $45.3 million over the next two years to develop 9,239 hectares of farmland in northern Sudan for wheat, corn and feed for livestock.

John McKillop, the managing director of Clyde Agriculture, an Australian-based farm manager, recently visited Dubai as part of a regional roadshow to sell his company's portfolio of 12 farm properties. The importance of food security in the Middle East makes the region an obvious place for him to tout his wares.

"The motivation for the likes of Saudi is food security whereas a U.S. investor might be more focused on the return on the asset," says Mr Mckillop.

The process of buying up large swathes of land in foreign countries is politically sensitive and has opened up the country to the charge that it is potentially exploiting poorer nations and opening itself up to political risk.

"Gulf countries, including Saudi Arabia, have been looking at nations that are unstable politically, socially and economically, which is a risk on the longer term," says a senior executive at a leading Middle Eastern food commodities trading firm who declined to be named. "But beggars can't be choosers. This seems to be only way out for the region."

Andrew Ferrier, the chief executive of New Zealand's Fonterra Cooperative Group, the world's biggest dairy exporter, agrees but reasons that Saudi Arabia is in a strong bargaining position.

"[Saudi Arabia has] a lot of commodities that are in incredible demand like oil, and they need a lot of commodities in demand like grains. They should be in a strong position to trade on this over the very long term," says Mr. Ferrier.

5/12/2010

Cargill’s Black River eyes food, land deals

Reuters | 10 May 2010

Peasant farming in China and India is "not an optimized or efficient system and is unsustainable to meet demand," says Rich Gammil of Cargill's Balck River Asset Management (Photo : DDS).
New York, May 7 – Agribusiness giant Cargill’s $6 billion Black River arm is making its next big bets on changing eating habits in major developing nations, buying into dairy farms in Asia and breeding fish in Latin America.

Black River Asset Management, which mostly manages third-party capital, plans to close a private equity fund this summer that will target food production, processing and distribution with a focus on dairy and aquaculture segments, said Rich Gammill, managing director and senior portfolio manager for Black River.

The “sweet spot” for the fund is $300 million to $400 million, and will be similar in size to a sister fund that closed earlier this year and is focused on agricultural land investing.

“We’re looking for growth equity opportunities,” Gammill told Reuters in an interview on the sidelines of an investment conference in New York.

Black River is among a growing number of investment groups establishing positions in global farmland and food production amid concerns about a growing world population and supply and demand imbalances for food, water and energy.

Members of Action Against Agrofuels blockading the entrance to Cargill's European regional head office in Cobham, Surrey, the UK, July 2008.
Gammill said the fund is aiming for returns of more than 25 percent a year by investing in new western-style dairy farms in developing parts of Asia. The new farms could require initial investments estimated at $35 million each and will operate with 5,000 to 8,000 cows in areas that have relied largely on small peasant farmers for dairy production, he said.

Black River is partnering with local groups putting the farms together.

“We’re not building companies. We’re investing in local teams we think know how to do it right,” he said.

Gammill said the dairy sector in Asia provides particular opportunities because of broad inefficiencies across production and distribution channels.

In Central America and South America, the focus will be on expanding efficiencies in aquaculture amid growing demand from North America and Europe for farmed fish.

Gammill said one challenge to investing in farmland and food production is a lack of expertise in modernized, highly efficient production practices.

“There is a huge lack of competency in farm management practices in China and India. The efficiencies aren’t there yet in emerging markets,” he said. “We’re so used to efficient food production in the United States. But in China and India a lot of it depends on peasant farmers. It is not an optimized or efficient system and it is unsustainable to meet demand.”

Many potential investors remain skittish about the risks associated with emerging markets, Gammill said. But interest and comfort levels were growing.

“People are starting to acknowledge that to meet demand… investor capital needs to be directed toward the supply side. That can be in the form of row crops… or in the form of food production, protein production, which is the biggest driver of that demand,” Gammill said.

1/04/2010

Sparx to Set Up Partnership With Japan Wind for Ecology Fund Share Business

By Shunichi Ozasa and Keiko Ujikane

Dec. 24 (Bloomberg) -- Sparx Group Co., Asia’s biggest hedge-fund company, will set up an investment partnership with Japan Wind Development Co. for a fund aimed at investing in Japanese environmental technology firms.

Sparx and Japan Wind, which sells windmill machinery and builds wind-power generating plants, will provide 500 million yen ($5.48 million) each for the investment partnership, Sparx’s Chief Executive Officer Shuhei Abe said in an interview in Tokyo today.

Abe said last month that Sparx plans to raise as much as 20 billion yen for a fund aimed at investing in Japanese environmental technology firms as mandates to cut carbon emissions spur demand.

The fund will invest in 10 to 20 companies with so-called smart grid technologies and aims to raise capital from global investors as early as January, Abe said today.

To contact the reporters on this

The case for traditional and alternative energy space integration

Written by Marks@Tiburon Monday, 04 January 2010 07:03

At the December Copenhagen conference on climate change rapidly approaching, all eyes will be on America and China, the world’s two biggest greenhouse gas polluters, which combine to account for 40% of global carbon-dioxide emissions. Their commitment and leadership during the talks will be critical for laying the framework and principles for establishing a successor to Kyoto.

Whilst international agreements are undoubtedly important, the likelihood of targets being hit and the globe being saved will be just as dependent (if not more so) on the specific carbon reduction policies adopted by individual countries. With all nations embracing the adoption of renewable and alternative energy, but at different speeds, Tiburon Partners has recently launched a UCITs III compliant global long/short equity fund focused on alternative energy and natural resources to allow investors to benefit from these dynamic trends.

Tiburon Terra focusses its fundamental based investment process on identifying companies expected to benefit and/or suffer from environmental and climate change issues. Tiburon believes the long/short approach is best suited to take advantage of regional and sub-sector valuation discrepancies and will help protect investors capital during potential declines in what has been a highly volatile sector.

Rather than following the “green only” route the mandate of Tiburon Terra encompasses natural resources as well as renewable energy. We believe the two are inextricably linked - alternative energy is, afterall, only another way to produce electricity albeit in a cleaner fashion than that produced by coal or natural gas. Consequently Tiburon Terra will also take advantage of arbitrage opportunities that arise between renewables and companies in the natural resource sector. In addition, specific resources are fundamental to the development of renewable energy - rare earths or the technology metals are essential for the development of electric cars, smart grids, wind turbines, nuclear reactors, solar panels and environmental purification processes.

With China likely to contribute 63% of total global incremental emissions by 2020, its participation is a must to make a meaningful difference in emission levels even if the rest of the world cuts unilaterally. One of the key routes China will have to follow in reducing its carbon emissions is by reducing its coal consumption. This has clearly provided the impetus for China’s unprecedented thrust towards nuclear and renewable energy. Opportunities to exploit this are clear: we believe there is a good arbitrage between stocks like Yingli Green, a low cost PV solar module manufacturer, on the one hand and Shanghai Electric, a power generator heavily reliant on coal fired generation, on the other. Both stocks are trading at roughly the same projected P/E multiples in 2011. So too with nuclear: as an alternate form of energy that will provide an increasing share of incremental base-load generation in China, India and the rest of Asia, we believe stocks such as Dongfang, Cameco and Silex are all exciting prospects.

China is also central to rare earths or technology metals. Not only is it the dominant supplier of these rare but vital elements but it has proved to be acquisitive when new deposits have been identified outside its borders. Chinese entities have taken minority stakes in Australian mining groups Lynas Corp and Arafura Resources with predictable results for the stock prices.

We believe that electric vehicles will play a transformative role in transportation and may account for as many as 1 out of 10 new cars sold globally in 10 years. However, instead of investing in an over hyped and overvalued hybrid car battery maker like BYD, which trades at an eye watering 76x next years earnings, we have invested in Galaxy Resources which provides Lithium Carbonate, the mineral essential in the manufacturing of lithium-ion batteries for electric cars, for a more modest 12x earnings once mine production is stabilised.

Clearly the renewable concept has been around for some time but with targets set for 2020 it has in the past been consigned to the pending tray. Now however it is gathering momentum and is investible. Forget the idea that oil has to go back to USD150 before these new technologies and applications become viable: the major alternative energy technologies (wind and solar) have advanced meaningfully down their cost decline curves whereby they are either at (in the case of wind) or very near (in the case of solar) grid electricity rates. These technologies have already been embraced by major corporations and have moved mainstream and Tiburon Terra is well placed to capitalise.

Ethiopian Farms Lure Investor Funds as Workers Live in Poverty Share Business

By Jason McLure

Dec. 31 (Bloomberg) -- Until last year, people in the Ethiopian settlement of Elliah earned a living by farming their land and fishing. Now, they are employees.

Dozens of women and children pack dirt into bags for palm seedlings along the banks of the Baro River, seedlings whose oil will be exported to India and China. They work for Bangalore- based Karuturi Global Ltd., which is leasing 300,000 hectares (741,000 acres) of local land, an area larger than Luxembourg.

The jobs pay less than the World Bank’s $1.25-per-day poverty threshold, even as the project has the potential to enrich international investors with annual earnings that the company expects to exceed $100 million by 2013.

“My business is the third wave of outsourcing,” Sai Ramakrishna Karuturi, the 44-year-old managing director of Karuturi Global, said at the company’s dusty office in the western town of Gambella. “Everyone is investing in China for manufacturing; everyone is investing in India for services. Everybody needs to invest in Africa for food.”

Companies and governments are buying or leasing African land after cereals prices almost tripled in the three years ended April 2008. Ghana, Madagascar, Mali and Ethiopia alone have approved 1.4 million hectares of land allocations to foreign investors since 2004, according to the International Institute for Environment and Development in London.

Emergent Asset Management Ltd.’s African Agricultural Land Fund opened last year. On Nov. 23, Moscow-based Pharos Financial Advisors Ltd. and Dubai-based Miro Asset Management Ltd. announced the creation of a $350 million private equity fund to invest in agriculture in developing countries.

‘Last Frontier’

“African agricultural land is cheap relative to similar land elsewhere; it is probably the last frontier,” said Paul Christie, marketing director at Emergent Asset Management in London. The hedge fund manager has farm holdings in South Africa, Mozambique and Zimbabwe.

“I am amazed it has taken this long for people to realize the opportunities of investing in African agriculture,” Christie said.

Monsoon Capital of Bethesda, Maryland, and Boston-based Sandstone Capital are among the shareholders of Karuturi Global, Karuturi said. The company is also the world’s largest producer of roses, with flower farms in India, Kenya and Ethiopia.

One advantage to starting a plantation 50 kilometers (31 miles) from the border with war-torn Southern Sudan and a four- day drive to the nearest port: The land is free. Under the agreement with Ethiopia’s government, Karuturi pays no rent for the land for the first six years. After that, it will pay 15 birr (U.S. $1.18) per hectare per year for the next 84 years.

More Elsewhere

Land of similar quality in Malaysia and Indonesia would cost about $350 per hectare per year, and tracts of that size aren’t available in Karuturi Global’s native India, Karuturi said.

Labor costs of less than $50 a month per worker and duty- free treaties with China and India also attracted Karuturi Global, he said. The $100 million projected annual profit will come from the export of food crops, including corn, rice and palm oil, he said. The company also is plowing land on a 10,900- hectare spread near the central Ethiopian town of Bako.

The project will give the government revenue from corporate income taxes and from future leases, as well as from job creation, said Omod Obang Olom, president of Ethiopia’s Gambella region and an ally of Prime Minister Meles Zenawi’s ruling party.

“This strategy will build up capitalism,” he said in an interview in Gambella. “The message I want to convey is there is room for any investor. We have very fertile land, there is good labor here, we can support them.” The government plans to allot 3 million hectares, or about 4 percent of its arable land, to foreign investors over the next three years.

Surprised Workers

Workers in Elliah say they weren’t consulted on the deal to lease land around the village, and that not much of the money is trickling down.

At a Karuturi site 20 kilometers from Elliah, more than a dozen tractors clear newly burned savannah for a corn crop to be planted in June. Omeud Obank, 50, guards the site 24 hours a day, six days a week. The job helps support his family of 10 on a salary of 600 birr per month, more than the 450 birr he earned monthly as a soldier in the Ethiopian army.

Obank said it isn’t enough to adequately feed and clothe his family.

“These Indians do not have any humanity,” he said, speaking of his employers. “Just because we are poor it doesn’t make us less human.”

One Meal

Obang Moe, a 13-year-old who earns 10 birr per day working part-time in a nursery with 105,000 palm seedlings, calls her work “a tough job.” While the cash income supplements her family’s income from their corn plot, she said that many days they still only have enough food for one meal.

The fact that the project is based on a wage level below the World Bank’s poverty limit is “quite remarkable,” said Lorenzo Cotula, a researcher with the London-based IIED.

Large-scale export-oriented plantations may keep farmers from accessing productive resources in countries such as Ethiopia, where 13.7 million people depend on foreign food aid, according to a June report by Olivier De Schutter, the United Nations special rapporteur on the right to food. It called for ensuring that revenue from land contracts be “sufficient to procure food in volumes equivalent to those which are produced for exports.”

Karuturi said his company pays its workers at least Ethiopia’s minimum wage of 8 birr, and abides by Ethiopia’s labor and environmental laws.

‘Easily Exploitable’

“We have to be very, very cognizant of the fact that we are dealing with people who are easily exploitable,” he said, adding that the company will create up to 20,000 jobs and has plans to build a hospital, a cinema, a school and a day-care center in the settlement. “We’re going to have a very healthy township that we will build. We are creating jobs where there were none.” The project may help cover part of the $44 billion a year that the UN Food and Agriculture Organization says must be invested in agriculture in poor nations to halve the number of the world’s hungry people by 2015.

“We keep saying the big problem is, you need investment in African agriculture; well here are a load of guys who for whatever reason want to invest,” David Hallam, deputy director of the FAO’s trade and markets division, said in an interview in Rome. “So the question is, is it possible to sort of steer it toward forms of investment that are going to be beneficial?”

Buntin Buli, a 21-year-old supervisor at the nursery who earns 600 birr a month, said he hopes Karuturi will use some of its earnings to improve working conditions and provide housing and food. “Otherwise we would have been better off working on our own lands,” he said. “This is a society that has been very primitive. We want development.”

To contact the reporter on this story: Jason McLure in Addis Ababa via the Johannesburg bureau at abolleurs